Deux rapporteurs de l’ONU ont adressé une communication officielle au gouvernement iranien afin de comprendre pourquoi l’église évangélique Saint-Pierre, à Téhéran, a été confisquée. Retour sur les événements.
Mai Sato et Nazila Ghanea, rapporteures spéciales sur la liberté des droits de l’homme pour l’une et sur la liberté de religion ou de croyance pour l’autre, ont adressé une communication officielle le 10 juillet dernier à l'Iran. Elles ont demandé au gouvernement quelles sont les raisons de la fermeture de l'église évangélique Saint-Pierre, à Téhéran.
Malgré le conflit en cours, entre Israël et l'Iran, la délégation iranienne sera autorisée à rentrer aux États-Unis, à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU la semaine prochaine. Peut-être que l’Iran répondra à la question posée lors de l’assemblée générale.
Le 10 juillet dernier, ce document a été envoyé de manière confidentielle à Téhéran. D’après les protocoles stricts de l’ONU, les États disposent d’un délai de 60 jours pour répondre, avant que le signalement ne soit rendu public. Lorsque ce délai a expiré ce mois-ci, les expertes ont rendu la communication publique et ont précisé que l'Iran avait totalement ignoré leurs demandes d'explications. Elles ont ainsi déploré cette absence de coopération, tout en signalant que la situation sur place s'était aggravée, notamment avec la mise sous surveillance de l'église Saint-Pierre par les autorités.
Certains responsables à l’ONU ont déclaré qu’ils étaient "préoccupés que ces développements ne semblent pas constituer un incident isolé, mais plutôt l'aboutissement d'un modèle de plusieurs décennies de mesures dirigées contre la communauté chrétienne de la République islamique d'Iran, et en particulier contre le culte chrétien de langue persane". Le cas de l’église évangélique Saint-Pierre, n’est pas isolé, puisque d’autres propriétés religieuses à travers le pays ont également été confisquées, fermées voire démolies. Le gouvernement iranien n’a pas souhaité expliquer si une réparation avait été apportée aux communautés chrétiennes en question.
Le nombre de chrétiens est en déclin constant
Les vingt familles, issues des communautés ethniques assyrienne et arménienne, qui vivaient sur la propriété de l’église évangélique Saint-Pierre ont été expulsées. L’enceinte contenait des maisons, deux écoles et des bureaux, qui étaient utilisés par la Bible Society, et par le Conseil des Églises évangéliques d’Iran, qui possède le terrain.
Le secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (WCC), Dr Jerry Pillay, a pris des mesures en encourageant le gouvernement à leur remettre l’église, pour permettre aux résidents de revenir. Il a également déclaré :
"La confiscation des biens de l'église et le déplacement de sa communauté constituent une grave violation de la liberté de religion ou de croyance et menacent la présence et l'héritage chrétiens de longue date de l'Iran."
Depuis 1979, les églises anglicanes d’Iran ne sont pas autorisées à accueillir de nouveaux membres dans leurs églises, entraînant ainsi la diminution du nombre de membres de cette Eglise. Seuls les chrétiens qui peuvent prouver qu’ils étaient chrétiens avant la révolution, peuvent rester dans ces congrégations. Aujourd’hui, on compte environ 100 membres pour les trois églises restantes dans le pays.
"Menace pour la sécurité nationale"
Au moins 33 responsables et pasteurs liés au réseau d’églises domestiques d’Iran Alive Ministries (l’organisation qui accompagne l’Église souterraine en Iran), ont perdu la vie ces derniers mois. Et 131 croyants ont été arrêtés dans différentes régions du pays. Depuis mi-2025, les autorités iraniennes qualifient ouvertement les chrétiens convertis de “menace pour la sécurité nationale”, ce qui fait d’eux des cibles pour le gouvernement.
"Les communautés historiques de chrétiens arméniens et assyriens sont reconnues mais ont une liberté limitée", peut-on lire sur Portes Ouvertes. Selon le rapport annuel de l’organisation Article18 datant de 2025, près de deux fois plus de chrétiens ont été arrêtés pour des accusations liées à leurs croyances ou activités religieuses.
Mélicia Branco